TROP DU BLOG!


Dans la rue, c’est pas drôle pour tout le monde

Publié le 3 juin 2014 par dans Fatras Insolite 6

Salut à tous !

Bon c’est pas un sujet des plus tendres qui me fait reprendre la plume, mais il est ô combien important à mes yeux et devrait normalement si vous êtes sains d’esprit l’être aux vôtres aussi. C’est la liberté. La mienne et celle de tout le monde. Celle de toute personne qui, comme moi, réfléchit à deux fois avant de sortir le soir dans la rue. La rue, oui, ce territoire qui n’appartient apparemment pas à n’importe qui. Vraisemblablement pas à moi en tout cas, puisque je ne peux pas m’y sentir bien dès la tombée de la nuit (avec ou sans jupe). Et même de jour, y en a toujours pour me remettre à ma place.

“Eh, détache tes cheveux, tu seras plus jolie !”

Mais je t’emmmmmmmerde quoi, je fais ce que je veux ! Pas le droit de se faire belle et de porter une jupe (parce que la jupe légitimise tout harcèlement, c’est évident), mais pas le droit d’être moche non plus?!

Ah je pourrai toujours rêver d’avoir de la répartie un jour… J’aurais pu lui lancer un « et toi ferme ta gueule, t’auras moins l’air d’un trou du cul ». Bon évidemment ceci aurait aussi bien pu mal tourner étant donné que j’étais seule et eux deux…

Ce qui m’inquiète c’est que j’arrive encore et TOUJOURS à être surprise par la connerie de ce genre de charmants messieurs-là qui pullulent dans certaines villes.

Alors quand je raconte ça à mes potes, filles ou garçons, on me répond souvent « Mais quoi qu’est-ce que tu t’inquiètes, prends-les pour des compliments au lieu de te torturer l’esprit! ». Eh ben j’aimerais bien. J’aimerais vraiment bien. Mais mieux, j’aimerais savoir répondre. A la place je ferme ma gueule, je regarde pas et je continue tout droit, comme on m’a bien appris. Et ça me saoule, ça me gonfle. J’évite des rues. J’évite MA rue. J’évite des trottoirs. Je regarde toujours où je vais, je calcule tout, ma trajectoire, mes fringues, ça me rend dingue. Au final, je leur offre la victoire et ils finissent par croire que leur comportement est normal. Paf c’est un cercle et c’est nous qui perdons à chaque tour, moi et les autres qui nous faisons régulièrement harceler dans la rue.

Et après les mots (ou à la place) eh ben il y a les gestes. Voilà un extrait d’un témoignage en ligne :

« Je venais d’entrer dans la rame, j’étais encore debout dans l’attente de trouver une place assise et je tentais de reprendre mon souffle en m’accrochant tant bien que mal à la barre pour ne pas défaillir (mes poumons ayant la taille d’une demi-cacahuète fourrée à la nicotine, il m’en faut peu). Je n’ai donc pas fait attention au quadra lambda qui se tenait juste derrière moi – d’habitude, quand c’est bondé, je fais gaffe, rapport au nombre de chacals qui se frottent à mon cul sous prétexte qu’on est trop serrés et que “oops, le métro a pilé, lol” – mais là, il y avait suffisamment d’espace pour que j’éteigne mon radar et que je me concentre sur ma respiration.

Du coup, lorsqu’il a fait mine de se baisser pour ramasser un truc par terre, j’ai pas réagi. Et c’est ainsi que j’ai senti ses doigts se faufiler sous ma jupe et s’enfoncer dans mon entrejambe, à travers mes collants.

Comme à ma triste habitude, j’ai réagi au quart de tour, je me suis retournée et je l’ai attrapé par les cheveux avant de lui matraquer la gueule à coups de petits poings osseux. Les autres passagers ont eu un moment de flottement, n’ayant pas assisté à la scène précédente, et se demandaient ce qui avait bien pu me passer par la tête pour que je me déchaîne violemment sur ce pauvre homme qui n’avait, semblait-il, rien demandé.

Je me suis donc époumonée pour expliquer rapidement la situation, l’homme a tenté de placer quelques coups, en vain, et je l’ai recadré une dernière fois, juste avant que les portes ne s’ouvrent sur le quai et que deux gentilles paires de bras m’aident à le balancer hors de la rame, où il a dû passer quelques minutes à chercher ses dents avant de ramper jusqu’à son trou pour ne plus jamais en sortir (du moins, c’est tout ce que j’espère). »

Et si je cite cet article c’est pas par hasard. J’ai frappé quelqu’un au visage pour la première fois de ma vie tout récemment. Moi qui ai plutôt tendance à prôner la non-violence de vive voix, je n’ose plus rien dire à présent quand un débat commence là-dessus, car je n’ai aucun regret pour mon geste. Enfin si, j’en ai un, mais un seul et il est gros. Je m’explique.

La fameuse histoire…

En deux mots. J’avais bu, certes. C’était dans une boîte. J’avais momentanément perdu les miens et je traversais la foule à ce moment-là pour les rejoindre. Quand j’ai bu, j’ai tendance à fermer un peu les yeux, ceux qui me connaissent peuvent en témoigner. Mal m’en pris. Il m’arriva la même chose qu’à cette jeune femme. La même chose. A travers les habits. Et d’une violence en plus, ça m’a fait mal. Et là, voilà, j’ai ouvert les yeux grands et mon poing serré a fait comprendre au visage de mon agresseur que ça ne se faisait pas d’essayer de mettre sa main entière par surprise dans le vagin d’une femme sans son consentement. Avec un collant et une robe entre deux en plus. On en arrive à mon gros regret : c’était évidemment pas le bon type qui reçut la leçon, mais bien le pauvre diable qui se trouvait en face de moi par hasard, juste là, au mauvais moment. Et mon poing n’a malheureusement pas attendu que mes yeux fassent la mise au point.

On en a ri, après, évidemment. Un peu. Le comique de la situation a fait que le gars en question (celui qui s’est ramassé la  beigne) est connu de mes potes que je cherchais justement. Du coup l’histoire a quand même fait le tour et bien des semaines plus tard j’entends encore des « ah mais donc c’est toi qui a frappé **** ? ». Super. Sauf que c’est un peu gênant de raconter le pourquoi du comment et au final je sais même pas ce que les gens retiennent. Que c’est moi qui ai frappé ****, probablement et c’est tout. Pas très fière sur ce coup-là.

Et puis je me pose des questions.

Il voulait quoi ce mec ?!

Et c’est pas le seul apparemment puisqu’une autre internaute l’a aussi vécu (imaginez encore toutes celles qui ne le racontent pas, où dont je n’ai pas lu le témoignage!). Mais c’est complètement dingue !

C’était un jeu ? Un pari ? C’est normal de faire ça dans la tête de ce gars ? C’est pour me montrer qu’il fait ce qu’il veut ? Avec ce que/qui il veut ? C’est fou c’est fou c’est fou. J’arrive pas à comprendre.

Ça m’a chamboulée et ça continue de me chambouler. Et j’ai beau tourner l’histoire dans tous les sens, je vois pas le compliment dans ce geste.

D’ailleurs ces beaux et charmants compliments qui devraient me ravir et me faire sourire dans la rue… si on commence à répondre avec plus de négation qu’espéraient ces doux messieurs et bien ces compliments se transforment en « putes » et « salopes » ou autres gracieuses invectives. Je me suis ramassé de belles insultes le jour où j’ai refusé, poliment en plus, de donner mon adresse de domicile et mon numéro de téléphone à l’abruti qui me servait de voisin dans le bus (le chauffeur a entendu et a arrêté le bus pendant 5 minutes à un endroit où il bloquait sérieusement le passage pour venir à ma rescousse, c’est dire. Je remercie d’ailleurs au passage ce chauffeur sauveteur).

Voilà un article des plus représentatifs du sujet. Il est trèèèèès bien. Si comme moi vous n’avez pas le temps car en pleines révisions d’examens, n’hésitez surtout pas à le lire en entier et regardez toutes les vidéos et les liens. Cliquez partout, lisez tout. (entre autres on y trouve en lien le témoignage lu plus haut)

J’en ai un peu parlé autour de moi de cette histoire, et je suis les bons conseils de cet article et j’en parle à présent par écrit, histoire que n’importe qui puisse lire ceci. Parce que ouais, y en a qui ne savent pas, qui ne se rendent pas compte. Et d’autres relativisent. Pour eux je n’ai qu’un message : NON c’est pas normal. Même les « t’es bonne » dans la rue c’est pas normal. Et il faut réagir merde. Parce que si on accepte ces soit-disant « petites choses » et bien ça en légitimise d’autres, plus graves.

Voici un mode d’emploi pour savoir un peu mieux comment réagir  dans ces situations délicates en tant que victime ou observateur et ça a plutôt l’air de bien fonctionner !

Et faut arrêter de tout minimiser !

Toutes ces remarques, ces insultes, ça contribue à creuser le fossé. Point.

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  • 6 commentaires

    1. Adeline dit :

      Ooooh Lisa, Lisa, si tu savais :D J’ai failli écrire un article semblable, avec le même récit de Jack Parker, et la même BD de Diglee en référence!! Y a encore pleins de gens qui comprennent pas que non, “t’es bonne”, c’est pas un compliment, que non, si on met une jupe, c’est pas pour se faire harceler, que non, si on dit non, c’est pas un “non qui pourrait dire oui”. J’ai de la “chance” car le “pire” que j’aie eu c’est des mains aux fesses/jambes (un coup de boule une fois, quand j’ai voulu dire à un mec que non, traiter ma pote de salope, ça se faisait pas). Le slut-shaming a encore de beaux jours devant lui, malheureusement…. …. Je t’envoie donc toute ma compassion, et je te félicite d’informer autour de toi sur ce phénomène tellement courant qu’il en devient banal/normal. ON VAINCRA BORDEL!

    2. margaux dit :

      Ho tiens oui, je compatis. Quelques expériences glauques de mon coté aussi …
      Il y à le projet crocodile qui illustre ce genre de situation http://projetcrocodiles.tumblr.com/

    3. Rob dit :

      ATTENTION : JE NE CHERCHE PAS A MINIMISER
      mais à étendre la portée de votre propos. A vous en croire, il n’y aurait que les femmes qui soient des pauvres victimes. Seulement, de nombreux hommes sont également quotidiennement victimes de harcèlement moral et / ou sexuel, dans les boites, dans la rue, sur leur lieu de travail… C’est pareil pour les violences conjugales, etc etc.

      Aussi mesdames, je corrige le commentaire de Lisa : on est TOUTES ET TOUS dans la même merde.

      My point : C’est un problème de société et pas de genre.

      • Lisa dit :

        Ah mais j’ai jamais dit le contraire ! D’ailleurs j’aimerais bien que tu me dises où j’ai dit ça, parce que j’ai justement fait attention pour éviter ce genre de commentaire… que je savais qui allait venir. Je sais bien que les hommes sont parfois les pauvres victimes aussi.
        Mais pour moi à côté du fait qu’il y ait des gens mal éduqués ou dérangés dans les deux sexes qui se permettent d’agresser n’importe qui que ce soit homme ou femme, il y a néanmoins un GROS problème de société qui crée un GROS problème de genre qui fait que quand c’est un homme qui se fait harceler sexuellement comme ça dans la rue c’est pas normal, mais par contre l’inverse c’est tout à fait accepté et en plus c’est récurrent. Je pense honnêtement que tu te rends pas compte comme ça paraît “normal” ni combien de fois ça arrive.
        Car ceci dit, j’ai encore JAMAIS jamais jamais jamais entendu parler d’un homme qui s’était fait harcelé par une femme dans la rue. (Ce serait d’ailleurs peut-être un problème à creuser. Peut-être qu’à cause d’un certain problème de GENRE, ceux-ci n’osent pas en parler, encore moins que “nous”, les femmes).
        Le contraire, une femme harcelée par un homme, donc, dans mon entourage ça doit avoisiner les 90% des femmes. Mais enfin je veux dire c’est comme pour tout, aucune règle n’est valable à 100%. Par exemple, toute personne qui a une bite n’est pas forcément homme non plus (mais je vais pas m’étaler là-dessus car ça dérive un peu du sujet).
        Et par contre je me suis pas gênée de dire dans mon article qu’il n’y avait que des hommes qui m’avaient harcelée, parce que le contraire ne m’est jamais arrivé. Mais là encore j’imagine (très fort, je me force) que c’est possible aussi et que c’est arrivé à d’autres personnes.
        Voilà dans cet article je parle d’un problème qui a bien trop d’ampleur pour qu’on puisse vraiment le séparer de la question des genres, mais je ne prétends pas que tous les hommes se sentent en sécurité dans la rue non plus.

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