TROP DU BLOG!


Pensées sur… l’intelligence

Publié le 30 mars 2015 par dans Insolite 1

Bonjouuuur!

Cela fait un bout de temps que l’idée de commencer une série “Pensées sur.. [thèmes divers]” me trotte dans la tête. Seulement, ma tête étant un immense chantier, c’est assez difficile de mettre de l’ordre dans les Lego (oui, je rentre du Danemark).

Je me lance donc avec un premier article de cette série, série que je continuerai si je vois que ça plaît. (En vrai, même si ça plaît pas, je continuerai. Hé ouais.)

Mindblown

Je me penche aujourd’hui sur le thème de l’intelligence, car je crois que cela posera les bases de ma façon de penser, qui vous permettront de mieux appréhender les articles suivants.

Il s’agit donc de ma conception de l’intelligence, qui peut être fausse, ou différente de la vôtre (je suis absolument contre la pensée unique, donc je pars du principe que des gens ne seront pas d’accord, et c’est ça qui est beau. Tetcheu). Je ne me targue pas d’être intelligente. Comme on dit, être con, c’est comme être bourré : tout le monde le sait sauf vous.

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Cependant, j’ai quand même réfléchi à la question, partant d’une certaine impression inquiétante que le monde actuel est en général de plus en plus stupide. Voici ce que j’ai pu en tirer.

L’intelligence n’est pas proportionnelle aux diplômes

Cette introduction, c’est surtout pour remettre les noisettes en quinconce dans le Ragusa. Je peux affirmer, après plusieurs années d’études universitaire, que la stupidité n’épargne pas les Hautes Ecoles, loin de là. J’ai rencontré tellement de gens intelligents de tous horizons que clairement, le niveau d’éducation et l’intelligence, ça n’a bien souvent rien à voir. L’intelligence relève surtout selon moi de la curiosité et de l’envie de réfléchir et de comprendre.

Passons maintenant à ce que j’appellerais “assertions sur l’intelligence” (oui, c’est pédant, mais c’est mon article alors je fais ce que je veux).

Ecole d'athènes

Oh et puis je mets une oeuvre de la Renaissance, aussi, tant qu’on y est.

L’intelligence ne peut se passer de la raison

Je sais, j’enfonce des portes ouvertes, ça fait depuis les Lumières et l’humanisme qu’on sait ça. Mais le problème, c’est que nous sommes parvenus dans une ère de l’émotion. Marketing, consommation, réseaux sociaux: tout fait appel à notre affectif, et donc entrave son penchant, la raison. Je considère que les réseaux sociaux sont le lieu d’exposition le plus flagrant de ce manque de rationalité – et donc de stupidité. J’ai lu dans un article du Femina sur l’intelligence (sorry, je ne me souviens plus de la date), qu’intelligence et émotion ne pouvaient coexister. Il n’y a qu’à voir les tartines haineuses, irrationnelles, dépourvues de sens, qui se répandent comme une trainée de poudre sur Facebook ou YouTube à n’importe quelle occasion : les gens n’attendent pas d’avoir digéré l’information, l’avoir analysée rationnellement pour donner éventuellement leur avis, mais demeurent dans le stade de l’émotion, de l’immédiateté, et donc de l’irrationalité. L’article disait également que grâce à Internet, et c’est certes fabuleux, nous avons tout le savoir du monde à portée de clic, mais que par conséquent, les gens pensent savoir plus que ce qu’ils ne savent réellement, et donc se targuent d’avoir un avis sur tout, et ne manquent pas de le donner, même sur des thèmes qu’ils ne maîtrisent absolument pas. Criant de vérité, non?

Ce qui m’amène à ma deuxième assertion:

L’intelligence ne peut se passer du doute

Et le doute amène à la réflexion.

Récemment, la page de La Liberté avait publié un article sur l’initiative de l’UDC contre le centre islam et société de l’Unifr. Résultat : une pluie de commentaires islamophobes – et à fortiori, arabophobes, puisque les gens ne savent visiblement pas que tous les Arabes ne sont pas musulmans et inversement – et j’ai tenté d’expliquer à plusieurs personnes, patiemment et j’espère rationnellement, le réel but du centre (pour une fois, je pouvais le faire, maîtrisant mon sujet), c’est-à-dire ouvrir le dialogue entre musulmans et non-musulmans pour faciliter une meilleure intégration – chose que, précisément, tout le monde reproche aux musulmans, mais étrangement, sans jamais donner de solution rationnelle aucune (non, tous les renvoyer chez eux, c’est pas envisageable). Bref, tout cela pour dire que personne n’a fait mine de remettre en question son avis une seule seconde, même dès lors qu’une argumentation rationnelle démontait point par point leur argument (j’ai même eu le droit à la réponse d’un mec, président de je ne sais plus quelle jeunesse UDC, qu’il était “juste le président” de ladite jeunesse, donc connaissait son affaire mieux que moi (sic). Mec, tu pourrais être le président de l’Univers, si tu avais tort, je démonterais ton argument tout pareil). Tout ça pour dire que, depuis, je me suis désabonnée de la page, même si c’est un journal que j’aime, car les commentaires me donnent régulièrement envie de m’injecter du piment, puis du sable, puis de la Javel, puis une cuillère dans les yeux (big up à ceux qui auront reconnu la référence). On voit ici donc, encore une fois, la conséquence de l’émotion qui prime sur la raison, et donc ne permet pas de remettre sa pensée en doute (ça sonne condescendant, ce que je dis, ou pas?).

J’ajouterais également, pour reprendre l’élément d’Internet fournisseur de savoir, que le doute doit prévaloir lors de toute recherche d’information, mais manque bien trop souvent. D’où le danger de se forger en avis en se basant sur des informations erronées, et de l’étaler ensuite à la face du monde entier (comme on dit, la culture, c’est comme la confiture, moins on en a, plus on l’étale – oui, j’aime bien les adages, aujourd’hui).

J’en suis donc venue à la conclusion (tu me diras, c’est pas un exploit), que le doute est indispensable (bonjour Descartes, vieux fou). Bruce, de la chaîne E-Penser, a un jour dit que le propre d’un bon scientifique était de travailler en croyant que ce qu’il pense est faux, jusqu’à ce qu’il ait collecté assez d’indices prouvant qu’il avait raison. Je trouve que ça s’applique tout aussi bien à la réflexion en général (je peux aussi citer Socrate – via Platon – qui disait que la seule chose qu’il savait, c’est qu’il ne savait rien). Sauf que, ne pas savoir fait peur. C’est cependant cette incertitude qui est le moteur de la réflexion. Je n’ai jamais autant changé d’avis que lorsque je me posais mille questions sur la légitimité de ma réflexion (je parlerai de ces changements d’avis notamment dans un futur article sur le féminisme). Et je trouve ça hautement stimulant. L’Humain intelligent n’est donc pour moi pas celui qui dit savoir, et pose son avis comme vrai dès le départ, mais celui qui doute (oui je sais, c’est très profond, ce que je dis). Raison et doute amènent donc à une nécessité de recul par rapport à la réflexion.

descarteslookingfly

J’ai une dernière assertion, qui peut-être, ne correspondra pas à votre pensée (et ça m’intéresse d’avoir votre avis, s’il est différent du mien, du coup).

L’intelligence doit se passer d’égocentrisme

Maintenant qu’on a posé les bases de la raison et du doute, nous connaissons les ennemis de la réflexion intelligente : l’émotion et la “sûreté” (je ne trouve pas de meilleur mot, car je ne trouve pas de bonne traduction exacte pour la “confidence” anglaise – j’suis trop bilingue, tavu).

IM_PREPARED_TO_FIGHT

JE VOUS POURFENDRAI, ENNEMIS!

J’ajouterais que ces deux “ennemis” fonctionnent assez bien avec l’égocentrisme : si quelqu’un est égocentrique, et émet un jugement sous le coup de l’émotion, il ne lui viendra pas à l’idée de remettre en cause son propre avis, puisque c’est le sien et qu’il est forcément bon. J’estime là encore que, si ce n’est pas un mal spécifique à notre temps, il est considérablement amplifié par les réseaux sociaux, qui mettent le Moi au centre de l’existence de tout un chacun: je montre, donc je suis ; j’existe pour montrer. Et au-delà de ça, j’existe pour me différencier. Nous sommes constamment appelés à exprimer notre Moi. Le marketing le fait depuis des années en titillant votre besoin de satisfaire ce Moi si affamé d’individualité : Be yourself, Just do It, Parce que je le vaux bien, personnalisez votre ordinateur pour montrer que vous n’êtes pas comme les autres, consommez notre marque pour être trop alternatif de l’alternattitude. Toute consommation est différenciation. Quand vous consommez telle marque, vous manipulez un signe, visible par les autres, montrant votre appartenance à un groupe ou votre différenciation d’un autre, en affirmant votre identité, construite la plupart du temps. Encore une fois, c’est le domaine de l’émotion. Et puisqu’on glorifie ce Moi, paradoxalement en ayant désespérément besoin qu’il soit validé par les autres, on est selon moi amené à surestimer son raisonnement s’il est approuvé par autrui : puisqu’on m’approuve, j’ai raison. Cela marche particulièrement bien, encore une fois, dans les commentaires Facebook/YouTube : si un jugement irrationnel/haineux/stupide est validé par la masse (ce qui arrive bien trop souvent), il est jugé légitime par son auteur, et ne sera pas remis en question. Or, si la masse avait toujours raison, ça se saurait.

Earth

En définitive, sommes-nous donc plus stupides que les générations précédentes? Non, mais on a beaucoup plus d’occasion de se montrer stupides, et à grande échelle. Alors, maintenant qu’on a identifié les ennemis de l’intelligence, boutons la connerie hors du monde, mes amis!

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J’espère ne pas avoir trop enfoncé de portes ouvertes, et à bientôt pour un autre article “Pensées sur…”. Coeur avec les doigts.