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Pensées sur… le féminisme

Publié le 8 juin 2015 par dans Fatras Insolite 10

Salut toi,

Ce soir, ce sera un article moins bien construit que le précédent.

Aujourd’hui, je suis lassée. Lassée de devoir expliquer à des gens qui n’ont rien compris à ce qu’est le féminisme que non, nous ne sommes pas des hystériques, et que si on s’énerve, c’est peut-être parce qu’il y a une raison (c’est pas comme si ça faisait depuis le néolithique qu’on nous dit de fermer nos gueules et d’obéir bien gentiment).

militante

D’expliquer que oui, changer les idées ça passe aussi par le fait d’arrêter de dire salope, pute, tarlouze, connasse, chienne, femmelette (parce que oui, apparemment assimiler un homme à une femme c’est une insulte – et vous pensez toujours que le vocabulaire n’a aucun impact?). Comment? C’est de l’humour? OOOOOH ben ça va alors, j’ai rien dit, c’est pas oppressif, du coup!

point desproges

Lassée d’expliquer que non, le féminisme ce n’est pas équivalent à l’égalitarisme (terme qui englobe toutes les luttes pour l’égalité – de races, de genres, de classes). Et ce n’est pas de l’humanisme, non plus, d’ailleurs.

bingo

Lassée de me voir expliquer ce que je suis sensée penser du féminisme (et penser tout court, d’ailleurs) par des mecs blancs, hétéros, cisgenres au sommet de la hiérarchie sociale, qui n’ont aucune conscience de leurs privilèges, parce que eux savent mieux que moi pour quoi je milite, et pourquoi je ne devrais pas, c’est évident.

patriarcat

 

Lassée de répéter que oui, c’est le même sexisme qui touche les hommes et les femmes et que ces doubles standards dont se plaignent certains hommes (“si c’était un homme qui avait frappé une femme tout le monde aurait hurler et là c’est une femme qui frappe un homme donc c’est pas grave”), c’est tout simplement le versant masculin du même tas de bouse qu’est le patriarcat. Que les doubles standards ça touche encore plus les femmes (tu couches, t’es une salope, tu couches pas, t’es une frigide mal baisée – d’ailleurs si les féministes s’énervent c’est qu’elles sont mal baisées, le pénis est la clé du bien-être, c’est bien connu).

double standard

Lassée d’expliquer que le féminisme, ce n’est pas le Mal. Que ça me réchauffe le cœur de discuter avec des féministes, qu’entre nous on se soutient, on se rassure, qu’on accepte toutes les différences. Lassée qu’on salisse si facilement un truc si beau. De me rendre compte que tout ce pour quoi je me bats, on se permet de le rabaisser, juste parce que quelqu’un n’a soi disant jamais été témoin de sexisme, donc ça n’existe pas. 

racisme

Lassée d’expliquer que non, qui ne dit mot ne consent pas et qu’il faut arrêter avec ce proverbe de douze. Que le consentement est la base de tout. Si quelqu’un ne dit rien, ça ne veut pas dire oui. Ca veut dire qu’il est trop choqué/pas en état/trop timide pour répondre. C’est comme voler son portemonnaie sous les yeux de quelqu’un qui en reste sur le cul. “Ah ben qui ne dit mot consent, hein”. Non.

Image de prévisualisation YouTube

feminazi

 

Lassée d’expliquer que c’est pas la jupe qui fait le harcèlement. C’est le harceleur. Que si une fille se maquille et s’habille bien, c’est pas pour être traitée comme un bout de viande (elle peut certes se faire belle pour une personne, mais certainement pas pour le premier trouduc venu).

Lassée d’expliquer que si une fille (ou qui que ce soit) est trop bourrée/droguée pour dire non, ça ne veut pas dire que tu peux y aller. Ca veut seulement dire qu’elle n’est pas en état de prendre une quelconque décision.

“Non mais moi tu vois, je suis anti-féministe. Ca sert plus à rien le féminisme, vous êtes égales aux hommes maintenant.” Ah bon, c’est pour ça que je serai payée au pire 20% de moins qu’un homme qui a les mêmes responsabilités et les mêmes capacités que moi (oui, en Suisse). Ok.

N'en déplaise à certains, en Suisse, niveau sexisme, on n'est pas mieux que tout le monde.

N’en déplaise à certains, en Suisse, niveau sexisme, on n’est pas mieux que tout le monde.

 

C’est pour ça qu’une fille qui se fait violer/attoucher/harceler se verra toujours reprocher d’avoir été au mauvais endroit, au mauvais moment, de n’avoir pas porté ce qu’il fallait. C’est pour ça que 52% de la population ne possède que 2% du patrimoine mondial, en effectuant 70% du travail domestique et salarié.

féministe

Ah bon. Pardon alors. Quoi? Le féminisme ça peut pas exister parce qu’on sera jamais pareils, c’est biologique? Non mais tu sais, on veut pas être identiques aux hommes. On veut l’égalité (de droit et de fait), et ça n’a rien à voir.

Trop agressives? Desservent la cause des femmes? Ah ben oui c’est vrai que la représenter comme un objet à vendre c’est vachement mieux.

Contre la femme au foyer? Nan, man, on est pour que tout le monde fasse comme il veut tant que ça ne fait de mal à personne. Oui oui, tu peux même être homme au foyer, tu peux même pleurer devant une comédie romantique, personne te dira que tu es un “pussy” et de “grow some balls”. 

loi de lewis

Je finirai en disant qu’il y a autant de féminismes que de féministes, alors s’il-te-plaît, toi qui doute de son utilité, essaie au moins de savoir de quoi tu parles avant de critiquer. Intéresse toi aux termes: genre, slut shaming, victim blaming, mansplaining (ou mecsplique). Tout ne sera pas facile à intégrer, surtout si tu n’es pas déconstruit du tout (déconstruit par rapport au système patriarcal, donc). Ici en lien, je te mets la chaîne de Ginger Force qui, outre le fait qu’elle fait d’excellentes critiques des adaptations de livres au cinéma, a lancé une série d’épisodes appelés très justement “Un pavé dans la mare” expliquant les bases du féminisme.

 

PS: je n’ai pas toujours été féministe. Je sais que c’est dur de se rendre compte que le système dans lequel on vit est profondément pourri. Mais le déclic a été un des trucs les plus importants de ma vie. J’ai pris la pilule rouge. Je ne regrette rien, mais parfois j’en chie. C’est pas pour ça que j’arrêterai.

pavé

PPS: beaucoup se plaignent de la partialité du terme, qui ne mettrait que les femmes en avant. Je rappellerai juste que ça fait depuis l’invention du langage que le masculin prime sur le féminin (“les Hommes”, “l’humanité”), et que vous êtes représentés à hauteur de 80% dans les médias (contre 20% de femmes, donc). Alors je pense que vous supporterez bien un seul mot qui englobe tout le monde, mais à connotation féminine, non? Et si vraiment, anti-sexisme, ça marche aussi, à mon sens, même si toutes les féministes ne seront pas d’accord.

Sur ce, je vais admirer les femmes fortes de Game of Thrones. Salut.

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  • 10 commentaires

    1. David dit :

      Aah quel magnifique article tout à fait objectif et honnête !
      Je ne vais malheureusement pas prendre la peine de relever toutes les incohérences du propos, ni prendre la peine d’y répondre car j’imagine que cela serait une perte de temps. (On ne peut pas raisonner des émotions.)

      J’aimerais néanmoins soulever un point : j’ai été voir quelques une des chroniques d’un Pavé dans la mare et je dois dire que ça c’est un propos intéressant, objectif et qui a du recul. De plus, le ton utilisé est agréable et neutre ce qui me semble être une bonne base pour mener une discussion seine. Même si je ne suis pas d’accord avec tout, j’ouvrirais volontiers le débat avec cette personne.

      Par contre, désolé à l’auteur du présent article, mais ce genre pleurnicherie pénalise énormément le féminisme plutôt que le glorifier. Ce genre de réaction fais passer effectivement encore un peu plus les féministes comme des grosses rageuses hystériques et frustrées de la vie.

      Finalement je terminerai par une petite précision, pour celles et ceux qui aurait encore des doutes : non une bite ce n’est pas une baguette magique !

      • Adeline dit :

        Je m’attendais à une critique du genre (justifiant, au passage, l’existence de l’article – aaaah, la loi de Lewis). Hé bien fais seulement, va discuter avec elle, elle aura sans doute plus de patience que moi. Bonne soirée

        • David dit :

          Sans m’attarder sur cette ridicule loi de Lewis, créée à partir un tweet, j’aimerais quand même te préciser que c’est principalement la forme et non le fond que je décrie ici. D’ailleurs, certains passages sont à la limite du vieil adage qui dit que l’herbe est toujours plus verte chez le voisin.

          Après avoir, regardé une bonne partie de la série de Ginger, j’ai le sentiment que l’article se résume à une copie ratée qui évite soigneusement de parler de ce qui ne t’arrange pas.

          • Adeline dit :

            Alors là désolée mais je ne te suis plus. Dans ton premier commentaire, tu me dis qu’il y a des incohérences dans mon propos, et au second, que tu décries principalement la forme et non le fond. Pour la forme, c’est un choix et mon choix n’aurait même pas à être justifié (c’est mon article et j’en fais bien ce que je veux), mais bref, le terme “je suis lassée” aurait dû te mettre sur la piste : non ça ne sera pas un article objectif (je n’ai écrit nulle part qu’il le serait, et d’ailleurs à partir du moment où on parle de féminisme, personne n’est objectif, ça me paraît évident). Cela a plu à certains (d’après les retours, la majorité), pas à toi, et tu en as bien le droit.
            Pour la loi de Lewis, elle te paraît peut-être sans valeur car venant d’un tweet, mais d’expérience, elle se révèle criante de vérité (et désolée mais encore une fois, ton premier commentaire le prouve, mais passons). Mais c’est clair que si tu n’es pas féministe, tu ne le verras pas.
            Pour le fond: c’est mon article, pas celui de Ginger. C’est donc logique qu’il y ait des différences. Cependant, je serais curieuse de savoir ce qui ne “m’arrangerait” pas dans son propos, car, je ne me rappelle pas de toutes ses vidéos, mais de mémoire, j’étais d’accord avec elle sur toute la ligne. Si j’ai donc paru incohérente par rapport à elle, c’était non voulu.
            Finalement, j’ai l’impression que tu as décidé que mon article était mauvais (encore une fois, c’est ton droit) et que tu vas argumenter jusqu’à ce que je l’accepte. Or, ça n’arrivera pas. Tu ne pourras pas me faire changer d’avis sur le féminisme, ni sur le fait que mon ton “nuit à la cause” (j’ai essayé toutes sortes de tons pour transmettre un message et, si la pédagogie marche effectivement mieux à certains moments, le fait est que je n’ai pas la patience d’être pédagogue constamment. Ce soir-là, je n’avais pas envie d’être pédagogue, c’est tout). J’ai beaucoup réfléchi à la question, et cet article est le fruit d’une longue réflexion, partant depuis mon anti-féminisme des débuts à mon féminisme actuel. Alors désolée si je ne prends pas en compte tes critiques, mais sur ce coup-là, je suis sûre de moi, et même si ça ne le paraît pas, c’est réfléchi, jusqu’à ce que quelqu’un d’autre me remette, le cas échéant, véritablement en question.
            Sur ce, si tu veux me détailler en quoi mon propos diffère de celui de Ginger, libre à toi, mais je ne répondrai plus.
            Bonne journée

    2. David dit :

      J’avoue que mes deux commentaires ont l’air de se contredire ! En fait, pour moi il y a des incohérences, mais je ne trouvais pas utile de les relever puisque comme tu le dis très bien toi même c’est ton avis. Ce qui me dérange le plus ici en fait c’est la forme et comme tu t’exprimes publiquement tu dois t’attendre à ce que des gens critiquent c’est normal.

      Le problème par rapport aux vidéos, c’est que l’article s’inspire selon moi, voire plagie largement ces dernières, en laissant de côté les incertitudes et les questionnements de l’auteure. Tu vas surement dire que non il n’y a pas de copie, mais quand on reprend des images en l’état telle que celle de la pilule rouge, la citation de Desproges et la structure de la série pour moi il n’y a pas tellement de doute.

      Après comme tu le dis très bien, tu es libre de ne pas prendre en compte mes critiques, mais étant donné qu’il y a une section commentaire et que en plus cet article est publié sur un site public, je suis également libre de le critiquer si j’en ai envie, sans d’ailleurs m’attendre à créer une révélation pour toi (je ne pense pas détenir la vérité, j’exprime juste mon point de vue).

      Sur ce comme je ne peux plus attendre de réponse te ta part je te souhaite également une bonne journée :)

      • Adeline dit :

        Je me permets de répondre une dernière fois (non je ne suis pas fiable, haha ;) ). En effet, je m’attendais à ce que le ton soit décrié (plus fortement que ça même, donc je suis étonnée en bien!). C’était un choix personnel, et je dois en assumer les conséquences.
        Je réponds tout de même car je suis sincèrement surprise de la correspondance aussi grande entre les vidéos de Ginger et cet article. J’ai regardé les vidéos il y a plusieurs mois déjà, donc je ne m’en souviens pas franchement (je me souviens juste qu’elles sont très très bien, et posées, contrairement à mon propos, d’où le fait que je les propose à la fin, histoire de donner quelques pistes).
        La pilule rouge et Desproges, ce sont des thèmes que l’on croise sur presque tous les forums/blogs/groupes féministes, ce n’est donc pas un hasard de les retrouver ici. Toutes les images, je les ai prises sur un groupe Facebook féministe, pour que tu situes les points communs entre les diverses productions féministes. Alors forcément, ça peut paraître de la copie, je comprends mieux. Pour ce qui est de la structure, c’était un hasard total, vraiment (ou mon inconscient qui a pris le relais, va savoir).
        Je suis désolée que tu aies eu l’impression d’un plagiat, ça n’est pas le cas (et je déteste ça, donc j’en suis d’autant plus surprise). J’avoue avoir assez mal pris ce que j’ai considéré comme un ton hautain venant de ta part (à l’écrit, c’est pas facile), donc je me suis braquée, ce qui n’est pas très malin.
        Quant aux questionnements, en effet je n’en parle pas ici, mais j’en ai aussi eu, et je continue d’en avoir. Tout le temps. Après, ça n’était pas ce dont je voulais parler dans l’article, et je comprends que ça donne l’impression d’une certaine hypocrisie. Pour autant, je te garantis que je continue de me remettre constamment en question, pas d’inquiétude à avoir là-dessus. :)
        Sur ce, j’espère qu’on se comprend mieux, et bonne journée à toi, merci de ton intervention qui m’a permis encore une fois de mettre de l’ordre dans mes idées :D

    3. Eva dit :

      Courage Adeline ! Féministes tant qu’il le faudra !!!!!

    4. Nibel dit :

      Bonjour, c’est mon premier post sur ce blog.

      J’ai toujours était interpellé par cette volonté des femmes de vouloir “une égalité des sexes”. Qu’est-ce que cela veut dire ?

      S’il existe naturellement deux sexes, n’est-ce pas justement parce qu’ils sont originellement différents et complémentaires ?

      Oui, tu parles bien de l’égalité de droits et de faits et tu as bien rappelé qu’il n’y avait pas d’idée d’égalité biologique. Et bien entendu je te rejoins.

      Mais en allant plus loin, pourquoi devrions-nous regarder du football soit féminin / soit masculin et non mixe par exemple ? Les femmes ne seraient bonnes qu’à jouer entre elles et les hommes entre eux ?

      Tu soulignes la partialité du terme également. Oui c’est dérangeant dans le sens où, d’après toi, le féminisme défend une idéologie d’égalité et que le terme en lui-même est discriminatoire. Dans l’absolu, je m’en cogne mais une idéologie fondée sur une incohérence devient bancale… Tu dis défendre des idées, aussi louables soient-elles, que tu ne respectes pas toi-même. L’égalité, c’est pas seulement quand ça nous arrange.

      Attention, je suis parfaitement de l’avis que la femme mérite d’être hiérarchiquement l’égale de l’homme, rien ne justifie une différence de salaire par exemple. Seulement, le mouvement féministe est selon moi, un simple mouvement poussant au communautarisme. Le vrai combat n’est pas femmes vs hommes mais l’humanité ensemble contre le communautarisme.

      Pour conclure, sachez que je vous aime les femmes, et que je ne remets pas en question vos droits, seulement ce mouvement féministe qui est un paradoxe en lui-même. Battez-vous pour ne pas vous laisser écraser par quelques connards, mais ne vous battez pas contre le sexe opposé.

      Bien à vous.

      • Adeline dit :

        Bonjour Nibel !

        Tout d’abord, merci pour ton commentaire ! Et désolée d’avance pour ma réponse qui va être très longue.

        Pour répondre à ta première question, je dirais déjà que je préfère parler d’égalité des genres, car le sexe n’équivaut pas toujours au genre (transsexuels, gender fluids, etc). Vouloir l’égalité des genres, c’est tout simplement ne plus vouloir que des discriminations soient opérées sur la base du genre d’une personne (discrimination à l’embauche, salaires inégaux, harcèlement de rue, viols, violences faites aux femmes – je ne nie absolument pas la violence faite aux hommes, simplement elle est statistiquement plus faible – , injonctions diverses et variées concernant le corps et le comportement). C’est ne plus vouloir des rôles sociaux attribués aux genres : douceur, élégance, féminité, discrétion, obéissance pour les femmes, puissance, virilité, force, extraversion pour les hommes, entre autres. Vouloir l’égalité des genres, c’est simplement vouloir que chacun puisse faire comme bon lui semble, indépendamment de son genre ou de son sexe biologique. C’est pour cela aussi que le féminisme se couple bien souvent à l’anti-racisme. Le féminisme, en définitive, c’est avant tout vouloir le respect des choix de chacun, à tous les niveaux, pour autant que cela n’entrave pas la liberté des autres.

        Il existe naturellement deux sexes, en effet, pour la reproduction, donc par la biologie. Nous sommes donc différents et complémentaires, comme tu le dis bien. Mais cela ne veut pas dire que nous naissons inégaux (égalité ne veut pas dire identité). Or, dans les faits, nous sommes traités inégalement (comme tu l’as bien remarqué), et ça, ce n’est pas juste. Nous vivons en société, et non à l’état de nature. Nous avons donc la techniquement la réflexion nécessaire pour traiter tout le monde de manière égale !

        Quant à l’exemple du foot, j’avoue ne pas avoir très bien compris le lien, mais pour moi, il pourrait exister des équipes mixtes sans problème, et ce serait d’ailleurs un grand pas vers une plus grande égalité. Simplement nous vivons dans une société sexiste (c’est à dire que le patriarcat, attribuant des rôles différents aux genres, y est un système, influençant la pensée et le comportement des individus). Ce système dit que les hommes sont forts et les femmes faibles : ils ne pourraient donc jouer l’un contre l’autre, car ce serait trop dur pour les femmes et dénigrant pour les hommes. J’ai d’ailleurs entendu et lu de la part de beaucoup d’amateurs de foot que les matches féminins n’avaient aucun intérêt car elles n’ont pas assez de puissance. Je pense qu’on tient ici l’une des raisons de l’absence d’équipes mixtes… ☺

        Je présume d’après ton commentaire que tu es un homme. J’imagine que c’est pour cela que le terme de féminisme te dérange, car il semble t’écarter du débat. Et je comprends bien que c’est l’impression que cela donne ! Seulement, une fois que l’on s’intéresse vraiment à la lutte féministe, que l’on fait partie de groupes ou de forums sur internet, on s’aperçoit qu’il y a beaucoup d’hommes qui ont fait le pas de se revendiquer féministes. Et c’est très bien ! Les féministes sont, pour la plupart (il y a bien évidemment des exceptions, comme partout), très conscient-e-s que l’égalité ne va pas se faire sans la participation du genre masculin. Tout dépend donc de la compréhension du terme féminisme que l’on a : si tu rattaches ce terme aux mouvements de libération de la femme des années 60-70, en effet, le mouvement n’était porté que par des femmes. Or, il a beaucoup évolué, et maints hommes n’ont désormais aucun problème à se dire féministes ou alliés (cela reste malheureusement encore trop rare, du fait sans doute de la peur qu’inspire ce terme). Quant à moi, je suis OK pour que quelqu’un se revendique anti-sexiste, mais je continuerai à me revendiquer féministe, car son histoire m’est trop chère pour que j’y renonce. Et cela ne veut pas dire que discrimine les hommes, ce serait totalement contre-productif… ! (D’ailleurs je te jure que je traite très bien mon amoureux ☺ )

        « L’égalité, c’est pas seulement quand ça nous arrange. » Tu as raison, et je ne considère pas que je veuille l’égalité seulement quand ça m’arrange. Si l’on combat le sexisme, on combat toutes ses formes. Donc aussi pour les hommes, qui sont des victimes collatérales du patriarcat. Je veux que mon futur mari puisse travailler à pourcentage réduit pour s’occuper des enfants s’il le désire ; je veux qu’un père divorcé puisse avoir la garde des enfants s’il veut s’en occuper ; je veux qu’on arrête avec la galanterie et qu’on fasse simplement preuve de politesse envers tout le monde, peu importe le genre ; je veux que les boîtes de nuit arrêtent de faire l’entrée gratuite aux filles pour pouvoir attirer des mecs (là dedans, on prend les femmes pour de la marchandise et les hommes pour des animaux sans cervelle, c’est anti-féministe au possible) ; je veux que les petites filles puissent jouer aux pirates et les petits garçons faire de la danse sans que personne n’ait rien à redire là-dessus ; je veux qu’on arrête avec ces images faussées de physiques féminins ET masculins parfaits matraqués à tout bout de champ ; je veux que les femmes et les hommes puissent faire le choix de ne pas se marier et de ne pas avoir d’enfant sans provoquer des questions ou des remarques indiscrètes ; je veux que les hommes puissent pleurer sans se faire traiter de chochottes ; je veux pouvoir demander mon amoureux en mariage sans qu’on me demande si je n’ai pas l’impression de l’émasculer ; je veux que les femmes puissent accepter qu’on leur offre un verre ou un repas sans avoir peur qu’on attende du sexe en retour ; je veux qu’on arrête de blâmer les victimes de viol car elles « l’auraient bien cherché » ; je veux qu’on arrête de rire quand un homme se fait frapper par une femme ; je veux que les hommes puissent se maquiller et prendre soin d’eux s’ils en ont envie, sans que personne ne se moque d’eux ; je veux que chacun puisse porter ce qui lui plaît sans que quelqu’un se permette de remarque déplacée. Si on se bat contre ce système pourri, c’est tout le monde qui en profitera.

        Tu parles de communautarisme. Je ne suis pas d’accord. Le féminisme est pour moi avant tout une manière de penser, de concevoir le monde, un mode de vie bien plus qu’une lutte. Ce n’est pas opposer les hommes contre les femmes. Car le sexisme n’a pas de genre ni d’orientation sexuelle (des femmes, des hommes, des homosexuels, des transgenres peuvent tenir des propos sexistes). Evidemment, une communauté se crée, comme avec tout mouvement revendiquant une nouvelle manière de penser qui ne correspond pas au paradigme dominant. C’est normal : on se rassemble pour être plus fort (et accessoirement pour se soutenir, car dans les groupes féministes, on – hommes comme femmes – parle beaucoup des violences qui nous sont arrivées, et que souvent personne d’autre ne reconnaît). Cependant, ce n’est pas communauté femme vs communauté homme, mais plutôt communauté féministe vs communauté sexiste. Je comprends que cela puisse être l’image que donne le féminisme, mais dès que l’on entre dans ces groupes, on se rend rapidement compte que, si les femmes sont majoritaires, on n’exclut personne, sauf les sexistes qui refusent de se remettre en question, ce qui est, je pense, compréhensible.

        En conclusion, non, le féminisme n’est pas un paradoxe : c’est un mouvement qui lutte pour l’égalité de tous (hommes femmes, transgenres, cisgenres, homosexuels, hétérosexuels, pansexuels, bisexuels) mais qui renvoie certes une certaine image – fausse – , et a une histoire liée aux femmes car ce sont elles les premières victimes du sexisme, ainsi que toutes les personnes qui ont un comportement ou une orientation sexuelle qu’on rattache au féminin. Je ne suis bien sûre pas objective : personne ne l’est quand on parle du féminisme. Il s’agit donc de ma conception du féminisme, qui n’est ni fixée ni définitive, puisqu’être féministe, c’est aussi remettre en question constamment sa manière de penser. Cet article représente un moment de mon engagement. Je sais que je donne l’impression d’être une féministe aigrie remontée contre les hommes. Cependant, je te rassure, je sais que vous n’êtes pas tous comme ça, et heureusement ! Si je l’écrivais aujourd’hui il serait différent. Et demain, encore différent.

        En outre, tu ne peux pas dire « quelques connards », car ça va bien au-delà de ça : nous ne nous battons pas pour ne pas nous faire écraser par quelques individus de genre masculin, mais contre tout un système qui amène toute une société (hommes comme femmes) à penser que le masculin est plus fort que le féminin. On ne se bat donc pas contre le sexe opposé, mais contre ceux qui ne se rendent pas compte du système ou qui en profitent sciemment.

        J’espère que ce looong message t’aura un peu éclairé et que je ne t’ai pas paru trop sèche, ce n’était pas le but ☺. Je reste à ta disposition si tu as d’autres remarques – questions !

        Bien à toi

    Répondre à Eva